jeudi 30 août 2007

poèmes

Joseph Bruchac est l’auteur aussi bien de récits de fiction que de poésie. Il a également recueilli les contes des peuples Iroquois et Abenaki dont le fameux : Thirteen Moons on The Turtle’s Back. Récompensé par un prix littéraire, il apparaît, en tant qu’auteur ou co-auteur, dans plus de cinq cent publications et dans une bonne soixantaine de livres. Il a fondé avec sa femme Carol la maison d’édition The Greenfield Review Press, et il est le directeur de la revue littéraire The Greenfield review. Son travail d’éditeur et de revuiste ont débouché sur des ouvrages d’anthologie. Il aime aller à la rencontre des artistes comme lui, d’ascendance Indienne En effet Joseph Bruchac est certainement aux U.S.A. celui qui connaît le mieux la poésie Indienne et ses auteurs, en cela il est leur plus ardent défenseur. Il vit au pied de la montagne Adirondack, dans la ville de Greenfield, dans le nord de l’état de New-York, dans la maison où ses grands parents maternels, membres de la nation Abenaki, l’avaient élevé. Malgré des ascendances Anglaises et Slovaques, il affirme que c’est son héritage Indien qui l’a le plus nourri.

En 2003-2004, Joseph a vu édités deux recueils de poèmes (éditions West End Press) : NDAKINA (notre terre en langue Abenaki) et ABOVE THE LINE.

En mars 2005 paraît un roman, intitulé CODE TALKER, retraçant la participation des Indiens Navajo à la deuxième guerre mondiale, notamment dans le codage des messages secrets de l’armée , à travers la vie d’un jeune héros de 16 ans.

Joseph Bruchac, est le plus ardent défenseur de la littérature Indienne sur le sol Nord-Américain. Il dédie son recueil NO BORDERS ( dont sont extraits les trois poèmes) à tous ceux qui pour regarder la terre n’ont pas recours aux cartes. Ces textes tout droit tirés de son héritage Abenaki, sont un témoignage mais aussi une réflexion sur la notion de frontière : un terme cher au mythe de la conquête de l’ouest qu’il convient de remettre en question sous l’éclairage des événements mondiaux contemporains.

Ce livre est tout à fait représentatif de ce qu’on appelle aujourd’hui " littérature Indienne " : ni description de la déchéance de certains de leurs frères, ni trahison de leurs cultures orales, mais bien émergence d’une écriture littéraire résolument consciente d’une identité riche et bien vivante. Cependant attention ! les auteurs Indiens ne veulent pas être enfermés et réduits à ce simple et terrible adjectif d’indien, ils s’adressent à tous les humains sans distinction de culture ou de couleur. Rappelez-vous : aucune frontière, pas d’étiquettes, pas de tiroirs mais l’ouverture du cœur.

Recueil traduit par Béatrice Machet et disponible aux éditions VOIX , collection " vents contraires.


ST. FRANCIS ET LE LOUP
Quand St-Francis sortit
de la cité fortifiée
le gris de l’aube le poursuivait comme il poursuivait tous ceux dont la foi était faible
et qui suivaient, hésitant déjà à s’enfuir,
moins confiants que lui,
il ne demandait aucune protection
exceptée celle de sa prière
aux Dieux de la création.
Le loup vint de la forêt,
les épaules basses, la tête baissée.
Bien que les hommes le disent cruel
il portait leurs blessures.
Il avait vu la fraîche fumée
s’élever de leur abri,
il avait regardé sa partenaire tomber
à cause du trait rapide de l’arbalète.
Quand St-Francis regarda
le loup dans les yeux
il sut que ne s’y trouvait pas
la couleur de l’enfer
non plus que le cramoisi du sang
mais au contraire ils étaient pleins
de la flamme de la liberté,
brillante comme un soleil levant.
Il posa ses mains
sur la grosse tête du loup
de la manière dont un autre homme
aurait caressé un calice.



QUATRE

(en opposition au chiffre trois, à la trinité du monde Chrétien n.d.t.)

Quatre est le chiffre
de la création,
les quatre grands parents
qui ont bercé nos souffles.
Quatre est l’équilibre
des directions :
nouvelle aube à l’est,
haleine chaude du sud,
rouge crépuscule à l’ouest,
chevelure blanche de notre aîné le nord.
Quatre est la parenté
entre les bras
de la terre et du ciel
la logique du croisement des chemins
au contraire du triangle –
pyramide hiérarchique
son élite au sommet aiguisé
pendant qu’au dessous la multitude
accablée par le poids
est incapable de tenir debout.
Quatre est la magie,
le choix fait pour partager
nos vies avec
les durables anciens,
Feu et Terre,
Eau et Air.


LUNE DU SIROP D’ERABLE

Quand la neige commencera juste à disparaître,
à l’orée de nos bois nordiques,
les érables encore une fois nous apporteront,
montée de leurs racines, une douce sève.
Une histoire Abenaki racontait ceci :
Une fois, les érables versèrent du pur sirop.
Tout au long de l’année, il suffisait de casser un rameau
pour remplir votre coupe en écorce de bouleau.
C’était si facile, les gens en devinrent paresseux.
Ils se contentaient de s’allonger sous les arbres,
la bouche ouverte, et de boire toute la journée.
Glooskap, le géant qui aidait le peuple,
vit que c’était là mal faire, et donc il mit en réserve
beaucoup d’eau dans chaque érable.
Et depuis ce jour, ce n’est pas aisé
de faire notre récolte auprès des arbres.
Nous faisons bouillir quarante litres de sève
pour n’obtenir qu’un seul de sirop d’érable.
Mais bien que Glooskap l’ait durci,
ce travail rend le goût de notre sirop bien meilleur.

USE PAR LA PLUIE

Tenant le fusil de mon père dans la main gauche
je le fais passer dans la fumée de *sweetgrass,
puis mets la cartouche remplie d’un calibre six pour oiseaux
au contact de la blessure dans ma chair qui ne se refermera pas.
Il fait sombre, les nuages sont en selle sur une lune affamée
trois jours après sa plénitude, pas un souffle de vent,
j’enfonce la cartouche dans la chambre
puis lève la crosse à mon épaule.
Je pointe le canon vers le ciel endeuillé,
en direction du sud-est , puis je dis
Grand Père*, j’envoie ceci de l’endroit
où il est venu, que la guérison commence.
Le bruit sourd de la détonation résonne dans mes oreilles.
L’odeur de cordite est aussi douce que celle du silex frappé
et quelque part, après ce tonnerre, décrivant une courbe,
une étoile verte en colère tombe.
Cette nuit, cinq hivers après son décès,
Je rêve encore de la voix de mon père.
Takwanipihisan, dit-il. Un guide
lui avait donné ce nom dans le Nouveau monde.
Et maintenant apparaît
celui des temps anciens, la promesse des temps de paix,
celui dont le nom fut donné par Le Peuple De L’Aube,
parce qu’il parle des couleurs du ciel


takwanipihisan " Manteau Usé Par La Pluie . "
* Sweetgrass : herbe sacrée que les Indiens brûlent afin que sa fumée purifie. Nom scientifique : Hierochloe Odorata


Grandfather : mot utilisé pour les invocations au ciel. Les Indiens disent familièrement Grand-Père le ciel, Grand-Mère la lune.

LES ANGLES


Aux coins des rues
devant les magasins de boissons alcoolisées
les gens s’appuient au mur
dans des volutes de fumée
que le vent pousse
au bout du monde
Dans ces angles aigus
ils oublient un monde
qui une fois fut rond
et, hors de leur conscience , ce vent
les emporte par dessus une limite
plus tranchante et plus impitoyable
que les éclats de verre
de la bouteille qui tombe
et brise les ailes de l’Oiseau Tonnerre.


Les oiseaux Tonnerre, ou l’Oiseau Tonnerre est une émanation du grand Esprit, dite puissance rouge chez les Sioux. Rêver de L’Oiseau Tonnerre est une vision très puissante qui détermine un grand changement dans la vie d’un homme, voire dessine sa destinée . N.d.t.

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